Le troisième accord toltèque dit : ne faites pas de suppositions

Nous faisons tous continuellement des suppositions à propos de tout : de la vie, de nous-mêmes, des autres… Nous interprétons les gestes, les regards, les actes… et nous n’avons pas conscience que ce n’est qu’une interprétation. Pour nous, c’est vrai. Il y a deux aspects intéressants à explorer. L’un est pourquoi nous faisons des suppositions, et l’autre, les conséquences d’en faire.

Pourquoi fait-on des suppositions?

Nous avons besoin de sécurité et l’inconnu est la plupart du temps perçu comme source d’insécurité. Donc, pour nous sécuriser, nous cherchons à avoir le moins d’inconnu possible dans nos vies. Nous avons besoin de savoir ce que les autres pensent, ce qu’ils ressentent, ce qui motive leurs actes… ce qui va arriver si nous faisons tel ou tel choix, si nous prenons telle ou telle décision… Plus nous avons l’impression de savoir, de connaître, plus nous nous sentons en sécurité. Mais nous avons peur de demander, de poser de questions, car nous pourrions être rejetés, jugés, ridiculisés… Que fait-on alors? Eh bien, on fait des suppositions.

On est en permanence en train de décrire, d’interpréter dans notre tête, à travers notre dialogue interne, ce que l’on vit, ce que l’on perçoit, les autres, le monde, nous-mêmes. Ce flot ininterrompu de mots dans notre tête nous dit en permanence ce que nous savons et, de cette façon, nous donne une impression de sécurité en nous rendant connues les choses.

Nous avons beaucoup de mal à nous sentir bien dans le « je ne sais pas » ; les suppositions nous servent à combler les lacunes. Ainsi, quand nous ne savons pas, nous allons commencer à imaginer, puis il arrive un moment où nous ne sommes plus du tout conscients que ce n’est que de l’imagination. Ensuite nous réagissons à cette réalité, qui ne l’est que dans notre tête, et cela crée dans notre vie beaucoup de confusion, de malentendus, de frustrations, de déceptions et de souffrance.

Les suppositions, ainsi que notre dialogue interne, nous servent à décrire le monde. Cette description du monde devient notre réalité. Plus nous croyons savoir comment celle-ci fonctionne, plus nous avons l’illusion de maîtriser ce qui nous arrive et plus nous nous sentons en sécurité.

Les conséquences de nos suppositions?

Nous croyons que nous sommes objectifs, que nous nous basons sur des fait réels, mais, en réalité, nous nous basons sur notre interprétation de ce que nous percevons. Notre perception est filtrée par notre système de croyances, qui lui-même est construit à partir des conclusions que nous avons tirées de nos expériences, de l’influence de notre culture, de notre éducation…

Une supposition de base très générale est que les autres savent ce dont nous avons besoin. De ce fait, nous n’exprimons pas nos besoins, attentes, désirs… ce qi est source d’énormément de frustrations, de malentendus dans les relations. Nous nous sentons blessés et commençons à nourrir du ressentiment, de la rancœur envers l’autre. Cela va colorer ensuite nos paroles, nos actes envers cette personne qui à son tour se sentira blessée par notre réaction et réagira en conséquence nourrissant ainsi une spirale de conflit, de mésentente, voire de haine.

L’attente est aussi une forme e supposition car à chaque fois que nous attendons quelque chose, que ce soit de la vie ou de la part de quelqu’un d’autre, cela n’est qu’une supposition quant à comment les choses devraient être.

La preuve que nous nous trompons la plupart du temps dans nos suppositions est la quantité de conflits, déceptions, souffrance dans nos vies.

Comment faire?

Ne supposez pas que vous connaissez l’autre simplement parce que vous l’aimez ou que l’autre devrait vous connaître simplement parce qu’il vous aime.

Posez des questions, vérifiez vos intuitions, essayez de comprendre la vision de l’autre. Dans une conversation, vérifiez par des questions ou la reformulation que vous avez compris ce que votre interlocuteur essaye de partager. ¨Pour deux personnes différentes, un même mot n’a pas forcement le même sens.

Vous pouvez me dire que vous posez des questions et que l’on ne vous répond pas par le vérité. Souvenez-vous que la vérité est relative, ce qui est vrai pour vous ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Si vous n’êtes pas satisfaits de la réponse, vous pouvez exprimer comment vous vous sentez et poser des nouvelles questions. D’autre part, guérir nos blessures, créer un monde plus heureux, implique d’aller dans l’inconnu, donc d’arrêter de nous cramponner à ce que nous connaissons et qui ne nous convient pas.

Coral Jardon, article paru dans le Strada la vie d’ici n°23